À Toulon, le Bistrot Chalucet joue la double carte de l’inclusion dans l’emploi et dans la cité. Focus sur cette entreprise adaptée qui accompagne des travailleurs handicapés dans leur montée en compétences.

C’est un bistrot sympa, fréquenté par des étudiants et les salariés du quartier; c’est aussi une entreprise adaptée, qui compte 10 travailleurs handicapés sur un total de 12 salariés. À Toulon, le Bistrot Chalucet joue la double carte de l’inclusion dans l’emploi et dans la cité. Stephan Franceschi, directeur de l’association varoise d’aide aux travailleurs handicapés (AVATH), dévoile les multiples originalités d’un projet qui permet à l’association de proposer des parcours sur mesure aux personnes qu’elle accompagne.
Expliquez-nous ce que sont une entreprise adaptée, un ESAT?
L’établissement et service d’accompagnement par le travail (ESAT) est une structure qui permet aux personnes en situation de handicap d’exercer une activité professionnelle tout en bénéficiant d’un soutien médico-social et éducatif dans un milieu protégé. L’entreprise adaptée sort du médico-social, c’est une entreprise du milieu ordinaire, qui met en place les adaptations nécessaires à l’intégration de salariés en situation de handicap.
Quelle est la particularité du Bistrot Chalucet?
L’AVATH gère un ESAT et une entreprise adaptée, avec des activités multiples identiques, dans les domaines de la restauration, de l’électronique et de la restauration. Le Bistrot est une des activités de l’entreprise adaptée, avec une identité juridique propre. Une des particularités du projet tient au fait que cinq des collaborateurs sont des salariés de l’entreprise adaptée, alors que cinq autres personnes sont des travailleurs de l’ESAT.
À la différence des premiers, ils n’ont pas un statut salarié. Autre spécificité, un des collaborateurs que nous avons recrutés bénéficie d’un CDD tremplin: il est formé, accompagné dans sa montée en compétences pour lui permettre, à terme, de trouver un emploi dans le milieu ordinaire de travail.
Nous travaillons aussi sur les parcours des travailleurs de l’ESAT, le Bistrot leur permet de monter en compétences, pourquoi pas pour leur permettre un jour d’être embauchés sur l’entreprise adaptée.
Quelles sont les contraintes de l’entreprise adaptée?
Les handicaps sont très divers, les adaptations nécessaires également. Cela peut être un handicap physique qui impose des temps de pause plus fréquents afin de limiter la fatigue liée à la station debout. Nous avons des collaborateurs malentendants, d’autres avec une déficience psychique ou intellectuelle. Concrètement, en cuisine par exemple, il peut être nécessaire de fournir au salarié des fiches techniques très détaillées.
L’idée est d’éviter les situations d’échec et de travailler sur la confiance en soi. Cela ne veut pas dire qu’on ne les incite pas à faire mieux et à progresser. On pousse… mais pas trop! L’équilibre est difficile à trouver, mais globalement on y arrive. La différence, c’est notre quotidien, on fait avec.
Existe-t-il un accompagnement comme en ESAT?
Parfois, le handicap nécessite une répétition régulière des consignes, les choses ne sont jamais complètement acquises. Une chargée d’insertion professionnelle vient régulièrement reprendre les points de formation.
C’est plus facile avec les salariés de l’entreprise adaptée, parfois ce sont des personnes qui ont eu un parcours classique avant le handicap. Elles ont déjà les codes du monde du travail. En ESAT, l’acquisition de ces codes est l’une des missions des moniteurs qui encadrent les équipes de travail.
Une autre particularité du Bistrot, c’est la notion d’inclusion non seulement dans l’emploi, mais aussi dans la cité…
Les emplois en ESAT sont le plus souvent invisibles aux yeux du public. Ici, si on ne lit pas les documents mis à disposition, on ne sait pas qu’il s’agit d’une entreprise adaptée, même si on peut le deviner rapidement. Nous avons souhaité que ce lieu ne soit pas estampillé “handicap”, justement pour renforcer cette dimension d’inclusion. Les collaborateurs sont handicapés certes, mais ils sont avant tout compétents, pertinents sur leurs postes.
Ici, l’inclusion, c’est dans le plein sens du terme! Nous avons travaillé sur l’accessibilité financière avec une carte aux prix serrés pour inclure les étudiants des écoles situées à proximité immédiate, qui ne disposent pas de services de restauration. Nous avons également des partenariats inclusifs favorisant les circuits courts: nos produits frais sont fournis par d’autres entreprises adaptées de l’agglomération. À travers le Bistrot, on valorise le travail d’autres travailleurs handicapés. Cela a du sens.
Source: https://www.varmatin.com/sante/handicap-et-travail-un-equilibre-a-trouver-978353